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Le futur de la médecine sera sur mesure

À partir du combat de Sid Sijbrandij (cofondateur de GitLab) contre son cancer, une réflexion sur un futur où les données et l'IA rendent la médecine sur mesure.

Last updated: March 31, 2026 · 6 min read


Note : avant toute chose, les informations qui suivent peuvent être incorrectes ou incomplètes ; le plus important reste l’idée d’un futur radieux pour la santé personnelle, grâce à l’IA et à d’autres technologies émergentes.

Je suis récemment tombé sur l’histoire de Sid Sijbrandij, l’un des fondateurs de GitLab, atteint d’un type de cancer particulièrement difficile à soigner.

Grâce à son réseau et à sa fortune, il a pu accéder à des traitements expérimentaux en bénéficiant du dispositif américain Single Patient IND, et en faisant développer des thérapies sur mesure en collaboration avec des chercheurs.

Le cas de Sid était a priori désespéré : à un moment donné, son oncologue lui a dit qu’il n’y avait plus rien à faire, à part tenter de trouver des traitements expérimentaux.

Sans entrer dans les détails médicaux, en collaboration avec son entourage médical, ils ont mis en place une collecte de données sur plein de domaines spécifiques : ses cellules cancéreuses, la réaction de son corps face à divers types de traitements, des séquençages ADN, etc.

Avec toutes ces données, ils ont créé des graphiques, isolé des variables, corrélé différents éléments, mais surtout, ils avaient de la matière à fournir à l’IA : à l’époque, ils ont pas mal utilisé GPT-4o, et ont même créé un harness sur mesure.

Le résultat ? Après des mois de collecte, d’expérimentations, de traitements et d’itérations, une radiothérapie ciblée a fait suffisamment régresser la tumeur pour la rendre opérable. Combinée à la chirurgie et à d’autres traitements, son cancer est passé en rémission et n’est aujourd’hui plus détectable. Un vaccin personnalisé a été élaboré pour entretenir la réponse immunitaire. En plus de redonner de l’espoir, tout cela fait avancer la science : certaines des expériences qu’ils ont menées, et des conclusions auxquelles ils sont arrivés, n’avaient fait l’objet que de très peu de recherches ; ils ont donc dû trouver leurs propres solutions.

Il est important de garder à l’esprit que les médecins cherchent à soigner en minimisant les risques : c’est un équilibre à trouver entre l’efficacité d’un traitement et ses effets secondaires, qui peuvent eux-mêmes être mortels. Quand on est à la merci d’une maladie sans traitement efficace, le choix se résume à ceci : tenter des traitements très risqués, potentiellement mortels, ou laisser la maladie nous emporter. Dans ce cas de figure, le parcours de santé classique n’est pas toujours le meilleur recours : si les médecins nous orientent vers un traitement qui, bien qu’étant la dernière possibilité, reste lui-même mortel dans un fort pourcentage des cas, à quel point seront-ils tenus responsables de notre mort, et à quel point mettent-ils à péril leur droit d’exercer ? Ajoutez à cela la lenteur de la plupart des systèmes de santé, et on obtient une combinaison terrible. Le temps est notre pire ennemi quand on est atteint d’une maladie grave…

L’IA permet de proposer des idées de traitement, des combinaisons, de quoi nourrir la discussion avec l’oncologue. Si sa réponse est “oui, ça pourrait marcher, mais ça n’a jamais été testé”, rien d’étonnant. Il ne veut pas prendre le risque de nous orienter vers un traitement à l’issue inconnue ; or il est impossible de tester médicalement toutes les combinaisons à grande échelle (via des essais contrôlés randomisés).

Certains des outils qu’il a utilisés sont très chers, mais pas tous. Par exemple, aujourd’hui, il est possible de séquencer son génome pour quelques centaines de dollars.

Évidemment, ça ne serait pas à la portée de tout le monde : il faut des ressources, du réseau, des connaissances et de la vision. Mais ça annonce un avenir radieux, car je suis convaincu que la collecte personnelle de données de santé est le futur. Les modèles d’IA vont devenir de plus en plus performants et de moins en moins chers ; peut-être que, d’ici quelques décennies, on verra apparaître les toutes premières structures médicales automatisées par l’IA et adaptées au traitement spécifique de chaque patient. Certes, Sid était bien entouré, mais ça prouve que c’est faisable ! On peut prendre en main sa santé personnelle, et ça va se démocratiser, j’en suis sûr.

Au début, il pensait se faire des illusions, persuadé que tout cela ne servirait à rien sans connaissances particulières en médecine, et encore moins dans une spécialité telle que l’oncologie. Et pourtant : sa persévérance, et l’IA comme accélérateur d’analyse et de décision, lui ont permis de s’en sortir.

Je pense donc que le futur de la médecine est sur mesure : un assistant IA qui connaît tout notre historique de santé, et la possibilité de mettre en place des collectes de données sur des sujets spécifiques quand c’est nécessaire, grâce à la réduction des coûts et à la démocratisation des techniques (séquencer son génome complet ne coûte plus si cher, par exemple). Dans une majorité des cas, ça pourrait même être plus efficace que de vrais docteurs suivant le parcours de santé habituel, non pas parce que l’IA serait nécessairement meilleure dans l’absolu, mais parce qu’elle serait plus neutre (pas d’enjeu personnel ni de carrière) et capable d’itérer beaucoup plus vite. Encore une fois, dans une situation grave, le temps est notre pire ennemi. Les médecins ne disparaîtront pas, évidemment, mais l’IA, je l’espère, va transformer ce domaine, tout comme le développement logiciel est aujourd’hui en pleine transformation.

Le parcours de Sid n’a été possible que grâce à de l’argent, à un réseau, à des connaissances techniques et à beaucoup de persévérance, mais il prouve qu’un modèle de santé plus efficace est atteignable. Un modèle dans lequel les médecins travailleraient main dans la main avec l’IA et les patients, les données au cœur de tout ça, pour des suivis de santé sur mesure, même hors contexte de maladie grave. La technologie n’est pas le facteur limitant, le système en place l’est : réglementation, lobbyisme, lourdeurs administratives et inefficacité des protocoles génériques.

Un futur où chaque citoyen gagne en contrôle et en autonomie sur sa propre santé, où chacun peut “surveiller sa santé en continu” : voilà une vision qui me plaît et qui me rend enthousiaste.

Sources :

Toutes ses données et traitements sont disponibles ici : https://osteosarc.com/.